Le roi n’a pas sommeil de Cécile Coulon/Viviane Hamy/2012

Publié 24 mai 2012 par giryde44
Catégories : auteur de A à E, coups de coeur, litterature francophone

Le roi n'a pas sommeil 

Nous sommes quelque part aux Etats-Unis dans les années 30. Le lieu et le moment n’ont que peu d’importance. Ce qui compte, c’est le personnage principal, un certain Thomas Hogan. Né dans une petite ville où le regard des autres est souvent inquisiteur, voire accusateur, où les habitants connaissent l’histoire de chaque famille, leurs secrets, en profitant pour juger autrui, Thomas est le fils d’une mère aimante et d’un père qui devient violent dès qu’il a abusé de la bouteille. Enfant taciturne, au physique fragile (il ressemble à « une guitare mal accordée »),Thomas devient franchement taiseux à la mort accidentelle de son géniteur. Pour se nourrir lui et sa mère, il travaille d’arrache-pied sur l’exploitation familiale, devenant enfin un homme digne de ce nom, viril, musclé. Mais toujours aussi mutique… N’est-il pas passé trop tôt de l’enfance à l’âge adulte ?

Thomas, on le voit, n’est pas fait pour le bonheur. Déçu par une amitié brisée, il refuse les avances de la seule femme qui lui porte de l’intérêt.

Dans un style sec, lapidaire, Cécile Coulon, jeune auteur d’une vingtaine d’années, nous livre le portrait très sombre d’un homme peu doué pour la vie. Sans donner d’explications, sans donner son opinion, laissant au lecteur toute liberté pour appréhender la psychologie complexe du personnage. C’est magnifique. Et « Le roi n’a pas sommeil » nous rappelle un peu Steinbeck. Le titre du livre fait référence au film d’animation de Paul Grimault « Le roi et l’oiseau » scénarisé par Jacques Prévert.

Une seconde vie de Dermot Bolger/Joëlle Losfeld/2012

Publié 23 mai 2012 par giryde44
Catégories : auteur de A à E, littérature anglophone, plutôt bien

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Une seconde vie

 

Sean sort miraculeusement vivant d’un terrible accident de voiture. Déclaré cliniquement mort, il parvient à rejoindre le monde des vivants, celui de sa femme et de ses deux enfants. Mais, après cet événement qui agit comme un électrochoc, son existence ne sera plus jamais la même.

Sean a été abandonné à la naissance. Sa mère, Elisabeth, âgée à l’époque de 19 ans, a été obligée de commettre cet acte sous l’influence de sa famille, déshonorée par la grossesse de l’adolescente.

Elle se retrouve alors contre son gré dans un couvent, sorte de prison à la « Magdalene Sisters », le temps d’accoucher et de sevrer l’enfant qui fut alors confié à une famille adoptive dans le plus strict anonymat.

Inlassablement, il part alors à la recherche de sa génitrice, remontant le fil du temps.

« Une seconde vie » nous livre un portait psychologique tout en finesse d’un homme qui, pour réussir sa vie, doit se réconcilier avec son passé. En contrepoint, comme une réponse à la quête de Sean, apparaissent les principaux protagonistes de la famille d’origine : la mère, la tante et l’oncle.

En filigrane, on retrouve aussi l’Irlande, celle des années 50, paralysée par une religion qui juge au lieu de faire preuve de compassion. Une position intransigeante qui a brisé de nombreuses familles au nom de valeurs soi-disant morales.

Un petit bémol : alors que l’auteur versait plutôt dans la sobriété, les cinquante dernières pages sont d’un larmoyant qui m’a un peu gênée. Dommage.

Le livre des enfants d’A. S. Byatt/Flammarion/2012

Publié 15 mai 2012 par giryde44
Catégories : auteur de A à E, coups de coeur, littérature anglaise

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Le Livre des enfants 

D’emblée, la couverture de ce gros pavé de près de 700 pages attire l’oeil. Y figure une magnifique broche conçue par Lalique et présentée en 1900 à l’Exposition Universelle de Paris.

Nous sommes en 1895 en Angleterre dans la famille Wellwood où on prépare activement la représentation du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare. Sont conviés pour cette occasion les membres de la famille proche et les amis, des personnages que l’on retrouvera tout au long de ce livre ample. Olive et Humphry, parents d’une ribambelle d’enfants, sont les maîtres de cérémonie. Ils vivent dans une vaste demeure avec Violet, la sœur d’Olive. Toutes les deux sont issus d’un milieu populaire.

Difficile de résumer l’histoire de ce roman riche qui aborde de nombreux thèmes sous l’oeil bienveillant ou parfois effrayant de Dickens, des frères Grimm, de Peter Pan et de Lewis Carroll.

Il s’agit d’un roman total qui décrit aussi bien la nature humaine avec ses sentiments contradictoires, son goût pour les secrets mais aussi l’histoire de l’Angleterre (avec des incursions en France et en Allemagne) dans ses dimensions sociale, politique, culturelle et artistique. L’auteur nous entraîne aussi bien dans les mines, clin d’oeil à Dickens, que dans les milieux réformateurs à l’instar des Fabiens, des féministes ou encore des Préraphaélites.

« Le livre des enfants », c’est aussi, et avant tout, l’éloge de l’enfance avec Olive, cette mère un peu distante avec sa progéniture mais qui écrit pour chacun de ses petits (est-ce la raison pour laquelle elle a autant d’enfants? Écrit-elle ce genre littéraire parce qu’elle refuse de grandir ?) un conte, des histoires cruelles et effrayantes.

Roman au souffle épique, aux accents parfois fantastiques, truffé de figures de style, « Le livre des enfants » est une oeuvre à la fois très documentée sur une époque passionnante (une Angleterre foisonnante au plan intellectuel mais insensible à la misère du peuple), puissante, intelligente, brillante.

Les nombreux personnages qui évoluent tout au long de cette fresque familiale ont tous un caractère bien marqué sans être dans la caricature.

Cette histoire, qui démarrait dans la frénésie et l’excitation (même si on devine que quelques ombres pèsent sur cette gaîté quelque peu artificielle), sombre dans la tragédie de la Première Guerre mondiale.

Cette vie ou une autre de Dan Chaon/Albin Michel/2011

Publié 4 mai 2012 par giryde44
Catégories : auteur de A à E, littérature US, plutôt bien

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Cette vie ou une autre 

La jeune Lucy a quitté le lycée et sa famille pour suivre son professeur, un homme qui devient de plus en plus étrange. Miles est à la recherche de son frère jumeau, un être qui ne lui ressemble pas, subitement disparu quelques années plus tôt. Enfin, Ryan vient d’apprendre la véritable identité de son père. Trois personnages, trois histoires parallèles qui finiront par se rejoindre dans une même réflexion sur l’identité. Qui est-on vraiment ? Est-on celui que les autres voient ? Peut-on changer d’identité en changeant de vie ? Fuit-on pour changer d’identité ou pour d’autres raisons ?

Autant de questions auxquelles Dan Chaon répond avec un certain talent même si j’ajouterais quelques bémols. La construction, parfaitement maîtrisée, fleure un peu trop l’atelier d’écriture, donnant à l’ouvrage un côté artificiel et didactique. Les interrogations des différents protagonistes sur leur identité sont parfois pesantes. Enfin, les personnages ne sont pas tous intéressants (cf. Lucy, la naïve qui a trop vu les films d’Hitchcock). « Cette vie ou une autre » est néanmoins un roman qui se lit avec un certain plaisir et qui me donne envie de me plonger dans un autre roman de l’auteur (il paraît que les précédents sont meilleurs). Dommage que la fin, que l’on attendait avec impatience, soit aussi courte et quelques peu bâclée.

Au lieu-dit Noir-Etang de Thomas H. Cook/Seuil-policiers/2012

Publié 2 mai 2012 par giryde44
Catégories : auteur de A à E, littérature US, plutôt bien

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Au lieu-dit Noir-Etang... 

Nous sommes dans les années 1920 dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Le narrateur est Henry, le fils du directeur de l’école, un homme intransigeant, droit et honnête. En bon adolescent qui se respecte, Henry rejette l’autorité paternelle et rêve d’une vie libre, sans règles, loin de du lieu qui l’a vu naître. L’arrivée d’Elisabeth, la nouvelle professeur d’arts plastiques, va donner de l’espoir au jeune homme. Elle qui a parcouru le monde avec son père depuis décédé, découvert d’autres cultures, d’autres paysages, d’autres émotions, elle qui n’enseigne pas comme les autres professeurs, laissant s’exprimer l’imagination et la créativité de ses élèves, va lui transmettre un message : tout est possible.

D’emblée, on sait que l’apparition de cette jeune femme étrange va déranger la tranquillité des habitants de la bourgade. Indépendante, émancipée, Elisabeth est célibataire et vit seule dans une maison proche de l’Etang-Noir, personnage à part entière du roman. Et ses relations ambiguës avec un professeur de l’école, homme marié et père d’une petite fille, va entretenir les commérages.

Même si « Au lieu-dit Noir-Etang » est publié dans la collection « Policiers » des Editions du Seuil, il ne reprend pas les codes du genre. Histoire d’amour impossible, incompréhension entre les êtres, non-dits, culpabilité, arrivée progressif d’un drame que l’on connaît dès le départ, tels sont les principaux éléments qui composent ce roman au style classique et au charme suranné.

A lire, du même auteur, le très bon « Les feuilles mortes ».

Crépuscule de Michael Cunningham/Belfond/2012

Publié 30 avril 2012 par giryde44
Catégories : au secours, auteur de A à E, littérature US

Crépuscule 

 

Peter et Rebecca Harris forment un couple new-yorkais quasi-parfait. Mariés depuis plus de vingt ans, ces branchés – lui est galeriste, elle éditrice – qui vivent dans un loft de Soho sont les parents d’une fille qui a du mal à s’épanouir, elle qui a pourtant été élevée par des parents à l’aise financièrement et intellectuellement, entourés d’amis…

L’arrivée de Mizzy, le petit frère de Rebecca, va perturber cet équilibre familial. Le jeune homme à la beauté androgyne, au lourd passé de drogué, va titiller la libido du père de famille. Il lui rappelle en effet étrangement sa femme lorsqu’elle était plus jeune et, surtout, son frère homosexuel décédé.

Que dire de ce roman ponctué de dialogues tous plus ridicules les uns que les autres, de points d’interrogation destinés à nous glisser dans la tête de Peter pour mieux connaître ses états d’âme ? Je dirais : ” Bienvenue chez les gays au pays d’Harlequin “ ! N’est pas Pasolini (” ‘Théorème ”) ni Thomas Mann (« La mort à Venise ») qui veut.

Je vais pourtant me laisser tenter par d’autres livres de Cunningham qui, paraît-il, sont très bien (« Les heures »…).

Décidément, les éditions Belfond sont capables du pire comme du meilleur.

Le chiffre des soeurs d’Antoine Piazza/Ed. du Rouergue/2012

Publié 28 avril 2012 par giryde44
Catégories : auteur de P à U, litterature francophone, plutôt bien

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Le chiffre des soeurs 

Tout commence par un enterrement, celui de l’une des tantes du narrateur, l’une des quatre soeurs dont tous les prénoms commencent par un « A ».

Ses tantes, l’auteur les a rencontrées à l’occasion de réunions à Maillac, le fief de la famille, ou de visites de l’une des propriétés.

Ces sœurs qui l’ont toujours ignoré sont un prétexte à raconter sur plusieurs décennies l’histoire d’une famille de la petite bourgeoisie de province : les amours, les haines, les trahisons mais aussi les petits gestes de la vie quotidienne (cf. la préparation de la polenta !) avec, en filigrane une dimension sociale (la désindustrialisation qui ruine les entreprises) et historique (la Collaboration mais aussi la Résistance).

Dans un style dense (pas de paragraphes, de longues phrases), Antoine Piazza nous offre une chronique pleine de charme à l’ambiance proustienne.

A la trace de Deon Meyer/Seuil-Policiers/2012

Publié 26 avril 2012 par giryde44
Catégories : auteur de K à O, littérature sud-africaine, moyen

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A la trace 

Deon Meyer aime écrire plusieurs livres en un. On l’avait déjà constaté avec « 13 heures ». Il récidive avec « A la trace », son dernier opus qui mêle trois histoires qui vont finalement se rapprocher.

Il y d’abord Milla, mère au foyer désespérée qui ne supporte plus son mari et son fils. Elle prend son indépendance et trouve un job dans une agence de renseignements du gouvernement sud-africain qui s’emploie à déjouer les activités de groupes extrémistes liés à Al Quaida. Cette décision va, c’est peu de le dire, bouleverser sa vie jusqu’alors bien réglée.

Il y a Lemmer, le garde du corps désabusé de « Lemmer l’invisible », chargé de faire venir du Zimbabwe un couple de rhinocéros noirs destiné à un riche propriétaire terrien et dont le périple sera semé d’embûches.

Il y a enfin Mat Joubert, autre personnage récurrent de Deon Meyer, ancien flic reconverti en « privé », qui tente d’élucider la disparition d’un mari modèle.

Je ne suis pas contre lire un pavé de plus de 700 pages mais j’ai trouvé cette fois-ci l’exercice un peu indigeste : une abondance de personnages, des intrigues trop convenues et, surtout, un épilogue ridicule. « A la trace » est, de loin, le moins bon roman de Deon Meyer.

 

L’Anglaise de Catherine Lépront/Seuil/2012

Publié 21 avril 2012 par giryde44
Catégories : auteur de K à O, litterature francophone, plutôt bien

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L'anglaise 

Saint-M, petite station balnéaire tranquille où les jours d’été coulent tranquillement entre les isbas, les cabanes de plage faites de planches, et la datcha, la demeure familiale située à quelques encablures de la mer. Dans cette maison vivent à intermittence Emile, un sexagénaire doté d’un solide embonpoint, sa mère, une ancienne résistante excentrique, et ses cinq demi-soeurs, nées des multiples unions de la matriarche. Ils sont entourés d’amis, de membres de la famille et de gens de passage qui ont l’habitude de se retrouver sur ce bout de côte bretonne.

L’arrivée d’une jeune femme dont va s’amouracher Emile, le célibataire endurci, va bouleverser la quiétude des estivants. Cette soi-disant Anglaise va en effet déclencher les interrogations, les curiosités et les réactions des vacanciers.

Porté par un style ample, ce roman au charme suranné nous propose une galerie de caractères qui sont autant de facettes de la nature humaine.

Les anges de New York de R. J. Ellory/Sonatine/2012

Publié 20 avril 2012 par giryde44
Catégories : auteur de A à E, bof, littérature anglophone

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Les anges de New York 

La découverte de « Seul le silence », premier roman de R. J. Ellory traduit en France, fut pour moi une révélation dans l’univers du thriller et ce malgré quelques longueurs. « Les anonymes » qui est, pour mémoire, son troisième roman, m’a convaincue par son construction. Mais c’est surtout « Vendetta », roman noir sur la mafia américaine, qui m’a le plus emballée.

Avec « Les anges de New York », R. J. Ellory évoque la célèbre police américaine qui s’ingénia à liquider la délinquance. L’inspecteur Franck Parrish est en effet le fils de l’un de ces « héros » qui a en fait bien profité du système.

Franck est surtout l’archétype du flic désabusé : il déteste son père escroc décédé, sa femme l’a quitté, il est alcoolique, il a des problèmes relationnels avec ses deux enfants et, toujours « borderline », il est sanctionné par sa hiérarchie qui l’oblige à suivre des séances de psychothérapie. Parallèlement, il mène une enquête pour retrouver le serial killer qui a assassiné des adolescentes embrigadées pour tourner des films porno.

On le voit, les ingrédients pour faire un bon roman noir sont réunis mais ça ne marche pas. L’intrigue est finalement assez banale, le style est plat et le personnage incarné par Franck a été maintes fois exploité par la littérature policière, en particulier anglo-saxonne.

Du déjà lu.

Petite remarque à l’adresse de l’éditeur : relisez les textes avant de les publier. Cela éviterait nombre de fautes d’orthographe !


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